
Je me souviens il y a quelques années, avoir donné mon doudou d'enfance au fils d'une amie de ma mère. Ce n'était pas un beau doudou, il s'agissait d'un ours en peluche vert décoloré par le temps et par les lavages ; deux yeux marron, un petit nez cousu de rose qui avait disparu avec l'usure et un petit grelot à l'intérieur qui tintait à chaque mouvement, voilà ce dont je me souviens.
Il n'était pas très imposant, mais à côté de lui, j'étais plus grande et plus confiante, c'est lui que je serrais contre moi quand je me réveillais au milieu de la nuit et que les silhouettes des hauts-de-forme posés sur le porte-mentaux devenaient des monstres terrifiants. C'était à lui que je racontais toutes mes histoires, ses petits bras toujours tendus m'accueillaient chaudement lorsque quelques larmes coulaient sur mes joues. Dans mon imagination de petite fille, il me disait bien souvent des mots doux afin de dessiner un sourire sur mes lèvres, ce sourire qui était toujours dessiné sur les siennes. Il n'avait pas de nom, mon doudou, mais c'était le plus réconfortant des amis.
Et voilà qu'un jour, croyant être devenue grande, je pris ce petit ours vert qui dormait dans mon armoire depuis trop longtemps pour le donner à un garçon plus petit que moi. Un petit garçon qui a dû le laisser dormir dans son armoire à son tour... Du haut de mes quelques années d'existence je pensais n'avoir plus besoin d'un petit réconfort, ni même d'un souvenir, de mon enfance... Parce qu'en grandissant on pense que l'on peu tout combattre seul et que l'enfance n'est qu'une chose futile... Et pourtant, les souvenirs sont plus précieux que l'or, plus importants que la lumière et plus fragiles que le cristal. L'Homme est composé de ses souvenirs, c'est l'essence même de son existence, il agit en fonction de son passé, de son vécu, et bafouer ces souvenirs, c'est un peu renier sa personnalité. La mémoire nous éclaire alors que l'oubli, l'ignorance et l'indifférence nous maintiennent dans un brouillard sans lumière. À présent, j'aimerais retrouver mon ours en peluche, pour retrouver mon enfance, retrouver une preuve concrète de ces quelques images qui se trouvent dans ma tête et que je m'efforce tant bien que mal de ne pas oublier. Retrouver son odeur particulière, l'odeur du passé, et entendre à nouveau le petit grelot chanter en le serrant contre moi, tel un rire d'une douceur sucrée. Le lancer en l'air pour le rattraper après, et me blottir contre lui pour éloigner les démons des cauchemars...
Je pense que l'enfance est quelque chose de trop important pour être ignorée ou oubliée, je pense qu'aucun être humain n'a jamais regretté d'avoir grandi, et c'est ce regret-là que l'on peut atténuer en gardant les images de notre passé en tête, et en retrouvant les objets d'autrefois.
Les yeux dans le vague, je me rappelle mon doudou vert comme je me rappelle mon enfance...
Que les souvenirs affluent, que la mémoire est précieuse...